Comment passer du mode subi au mode choisi

Il y a deux façons de diriger une entreprise.

La première, c’est de répondre. Aux urgences, aux demandes, aux imprévus. De gérer ce qui arrive, de colmater ce qui déborde, d’avancer au fil des jours sans vraiment décider où on va. C’est le mode subi.

La deuxième, c’est de choisir. Ses priorités, sa trajectoire, ses clients, son organisation. C’est décider consciemment plutôt que de simplement réagir. C’est le mode choisi.

Le pilotage d’entreprise, c’est précisément ça : la capacité à passer d’une posture réactive à une posture décisionnelle. À reprendre la main sur ce qu’on construit, plutôt que de laisser le quotidien décider à sa place. La plupart des dirigeant·es oscillent entre les deux. Mais beaucoup passent plus de temps en mode subi qu’ils·elles ne le voudraient et souvent sans comprendre pourquoi.

Subir ou choisir : deux postures, deux réalités très différentes

Le mode subi ne ressemble pas toujours à ce qu’on imagine. Ce n’est pas forcément une entreprise en difficulté, un·e dirigeant·e dépassé·e ou une situation de crise.

C’est souvent plus subtil. Une impression que les journées s’enchaînent sans qu’on les ait vraiment décidées. Un sentiment que l’entreprise avance, mais pas tout à fait dans la direction qu’on avait en tête. Une fatigue qui vient moins du travail fourni que de l’absence de cap clair.

Le mode choisi, lui, ne signifie pas tout maîtriser. Il signifie savoir pourquoi on fait ce qu’on fait. Avoir une direction et prendre des décisions alignées avec ce qu’on veut construire, même si elles sont imparfaites ou incomplètes.

La différence entre les deux, ce n’est pas le volume de travail. C’est la clarté de la direction.

Ce qui installe le mode subi sans qu’on s’en rende compte

Le mode subi s’installe rarement d’un coup mais plutôt progressivement, par accumulation.

Les urgences prennent le dessus sur les priorités. Les demandes des clients, des équipes, de l’environnement remplissent l’agenda avant même qu’on ait pu le décider. Et la prise de décision, elle, se retrouve repoussée en permanence. Non pas par manque de volonté, mais parce qu’il y a toujours quelque chose de plus urgent à traiter. C’est un cercle qui s’auto-alimente, et qui coûte bien plus qu’on ne le mesure.

Il y a aussi une part plus silencieuse : le manque de clarté sur ses propres objectifs. Quand on ne sait pas précisément où on veut aller, tout semble aussi important. Et quand tout est important, rien ne l’est vraiment.

Les leviers pour reprendre la main

Passer du mode subi au mode choisi ne demande pas de tout changer. Cela demande de reprendre quelques décisions fondamentales.

La première, c’est de clarifier sa trajectoire. Pas un plan sur cinq ans, mais une direction claire sur les prochains mois : qu’est-ce qu’on veut construire, qu’est-ce qu’on arrête, qu’est-ce qu’on priorise ?

La deuxième, c’est de structurer son organisation pour protéger du temps dédié au pilotage. Pas juste pour faire mais pour prendre du recul, observer, décider. Un·e dirigeant·e qui n’a jamais de temps pour réfléchir ne peut pas sortir du mode réactif.

La troisième, c’est d’accepter que certaines décisions imparfaites valent mieux qu’une absence de décision. Le mode subi se nourrit souvent de l’attente du moment parfait pour trancher.

⇒ Exemple: Nous sommes mi Juin. Un de mes clients est accaparé par l’organisation de ses chantiers pour être en mesure de tout finir avant la période de congés. Il jongle entre les commandes, les retards, la pression des Clients. Il a totalement perdu de vue que le carnet de commande est presque vide pour Septembre.

Je lui pose la question qui fâche: « Comment vas-tu gérer ton retour de congés? Comment occuper les équipes à partir du 31 aout?  

A ce constat, nous avons réorganisé le suivi de chantier pour le mois de Juillet, arbitrer les chantiers prioritaires afin qu’il puisse conserver du temps pour traiter les devis en attente et commencer à planifier le mois de Septembre.

 

Reprendre la main sur son entreprise, ça commence par reprendre la main sur ses choix. Pas tous à la fois. Mais un à un, consciemment. Beaucoup de dirigeant·es ont besoin d’un regard extérieur pour sortir du mode subi et remettre de la clarté là où le quotidien a tout brouillé.

Diriger, c’est choisir. Et ça s’apprend, ça s’organise, ça s’accompagne.

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